Je me souviens, c'était en 1993. Mon premier vrai emploi. Un CDD mais transformé en CDI, 18 mois plus tard. C'était à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris. On m'a attribué un bureau, sous les toits. Un bureau pas grand, mais mon bureau, avec une fenêtre qui donnait sur la bibliothèque. Un tout petit bureau que j'ai eu envie d'agrandir, sans faire de travaux. Un bureau où j'ai voulu faire entrer encore plus de lumière, un bureau de rond de cuir d'où j'ai songé rapidement à m'évader même s'il m'a fallu quatre ans et un coup de pouce de cette g... de DRH (que je remercie aujourd'hui et sans rancune, comme quoi...).

C'était donc un mini bureau et j'ai voulu le personnaliser un peu. J'ai mis une lampe d'architecte, à mes frais, deux tréteaux et une planche, à mes frais (j'aimais pas le mobilier 70's fourni avec le bureau). Et puis j'ai fait encadrer l'image, là, juste au dessus. Le voilier, d'Edward Hopper (1991).

Et tout de suite, mon bureau a pris le large. Il s'est aussi teinté d'une légère mélancolie, pas une mélancolie dépressive, une mélancolie enveloppante, chargée de...mmm.... de bienveillance, une mélancolie de fin d'été, oui quelque chose comme ça. J'y repense maintenant que l'exposition approche.

J'y repense et je me pose cette question. Il y a des milliers de peintres au XXe siècle, plein, des génies. Mais pourquoi Hopper plait-il a tant de gens ? Pourquoi plait-il au jeune homme que j'étais en 1993, à l'homme que je suis aujourd'hui et bien sûr aux milliers de visiteurs qui feront la queue au Grand Palais dès la semaine prochaine. Oui, pourquoi Hopper plait-il autant, si doucement, si tranquillement, si paisiblement ? Pourquoi Hopper a-t-il ce don de démultiplier les mètres carré d'un petit bureau mansardé entre 1993 et 1997 ?

Je vous pose la question.