J’ai eu le déclic en allant voir M la semaine dernière à l’Olympia. M n’est pas tout à fait un Digital Native mais il a tout compris à internet et aux réseaux sociaux et surtout à la culture qui va avec. Chacun sait que M est l’avatar de Matthieu Chedid. Chacun sait que lorsqu’il n’est pas Matthieu, Chedid est M. Il se déguise et importe dans ses tenues de scène, sa coiffure et dans son show des clins d’œil aux héros de BD ou de cinéma qu’il a aimés. Vendredi dernier à l’Olympia, il y avait sur scène sa sœur et son frère qui a surgi à un moment déguisé en Captain América. Il faut expliquer aux politiques qui n'aiment pas les pseudos et l'anonymat que les bloggueurs ne forment pas une pseudo génération mais plutôt une génération pseudo, ce qui n'est pas la même chose. Dans le débat qui s’installe sur l’anonymat depuis le début de la semaine, il y a bien sûr la question de la violence verbale, raciste et souvent sans nom qui sévit sur la toile mais il n’y a pas que ça. Il y a la question d’une génération qui rêve et qui a trouvé sur le web et dans ses blogs le moyen d’utiliser des avatars qui révèlent une partie de sa personnalité. Ce matin nous avons reçu à Info Maître Eolas. Dans son cas, le pseudo n’est pas une cachette mais au contraire, une toile sur laquelle chacun peut peindre l’avocat bloggeur qu’il imagine. L’anonymat protège Eolas et nous garantit d’une certaine manière sa liberté de ton et d’expression. Ce matin, en l’entendant parler, j’ai pensé qu’Eolas était le Dardevil (qui dans le civil est aveugle et avocat) du net et je me suis fait mon cinéma. Il n’est pas le seul a utiliser l’anonymat non pas pour se planquer mais pour établir avec ses visiteurs un contrat de lecture et une relation particulière indépendante. Le Darkplanneur fait pareil dans un autre genre. Même si depuis longtemps chacun sait qui il est. Au départ, ce média-planneur a inventé un personnage pour "sortir la nuit", et causer de son métier en toute liberté. Je pense aussi à Vinvin qui après s’être fait un pseudo, se fait désormais un nom, la démarche se fait dans l'ordre inverse. Que dire des femmes qui avec l’anonymat se son déchaînées ? Je pense à celle qui s’est inventé un prénom comme Violette, je pense à celle ou celui qui tait non seulement son identité mais également son genre comme Camille de Rue69. Je pense encore à un de ces twittos qui sur la plateforme de microblogging se fait appeler Clark Kent… Bref, j’aime cette idée selon laquelle le costume, le pseudo peuvent réinventer pour le meilleur l’homme ou la femme et qu’ils ne sont pas seulement faits pour cacher, mentir, dissimuler. Ceci étant dit, l’écriture est un super-pouvoir celui de nuire, de mentir, d’insulter et donc de se transformer en super vilain. Alors au lieu de réprimer, de punir ce qui, compte tenu des volumes, est impossible, il faut s’évertuer à appliquer cette maxime que vous avez certainement lu ou entendu quelque part et qui marche particulièrement bien avec Internet : « de grands pouvoir impliquent de grandes responsabilités ».